. . . . . . . . . .

Revue de presse:

"Indéchiffrables et familières pourtant, les images de Pascal Rotzetter ont un charisme rare: celui de traduire une émotion personnelle et de convoquer en nous d’autres images. Cette force naît d’une parfaite maîtrise de la composition et d’un sens infaillible de la lumière, qui offrent à l’instant la possibilité d’un drame inédit.." >>> Artpassions n°42 (juin 2015)

. . . . . . . . .

Expositions :

> 2018, 4-18 novembre, Ancienne Gare, Fribourg

> 2018, 3-4 mars, Salon du livre romand, BCU Fribourg

> 2015, 10-30 octobre, Art-buvette, Fribourg. Photographies de Nicolas Sperisen et Pascal Rotzetter. Vernissage: 10 octobre 2015: Tranches fribourgeoises et autres belles gueules

Des gens -ou moi- un peu égarés dans un quotidien obscur. Ça m'intéresse. Obscur parce que les noirs profonds creusent la part d'ombre où peut s'engouffrer la puissance de l'imaginaire -ou de la vérité. Obscur aussi, parce que je me méfie de ce qui est trop net. Trop évident. Je préfère le grain, le flou qui brisent les apparences aseptisées et chatouillent confusément les sens. Pour aller voir derrière. Entrebâiller la porte de la fiction.

Je pense que j'ai commencé à photographier tout gamin. En dessinant. Comme un fou -déjà. Une tentative inconsciente de capturer le monde qui m'entourait. De lui donner une forme, du sens. Et d'aiguiser mon regard.

Mon premier vrai choc photographique: Henri Cartier-Bresson (je m’en suis remis). Des histoires multiples, partout, toujours. Une force évocatrice propulsée par la perfection formelle.

Alors. Mon premier appareil-photo. Leica M2. 1959, Occasion. Comme l’optique Elmarit-M de 28mm par Leitz-Wetzlar. Manipulations hasardeuses: je ne connaissais strictement rien au mécanisme photographique. les vitesses, les ouvertures, ou même le chargement d'une pellicule. Autant dire que le principe du télémètre m'était totalement étranger. Sans parler de l'exposition: un M2 n'a pas de cellule. Bref, la merde.

Et pourtant. Équipé d'un calepin et un crayon, j'ai déroulé des pellicules en essayant tous les couples ouvertures vitesses. Et tout noté. J'ai compris la lumière. En partie. Avec plus ou moins de succès.

Mais le Leica ne m'a pas transformé en Cartier-Bresson. Ça se saurait. Et heureusement. Pourtant, cet outil me convient: l'imprécision du télémètre, l'approximation du cadre, les forts contrastes troubles. Je ne cherche pas à réaliser une photo juste, mais juste une photo, pour faire bien et citer Godard. Juste une photo qui essaie néanmoins de capturer une certaine justesse, une forme de vérité -la mienne. Un bout de réalité -la fiction que j'imagine volontiers se déployer autour d'à une passante, sur un balcon, une charogne. Même un chat.

Et pour regarder sous la robe des choses, comme Francis Ponge me l'a appris: "Une fois, si les objets perdent pour vous leur goût, observez alors, de parti pris, les insidieuses modifications apportées à leur surface par les sensationnels événements de la lumière et du vent selon la fuite des nuages, selon que tel ou tel groupe des ampoules du jour s'éteint ou s'allume, ces continuels frémissements de nappes, ces vibrations, ces buées, ces haleines, ces jeux de souffles, de pets légers." (Pièces, 1961)

C'est un parti -que je prends volontiers.